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Wednesday, August 7, 2024

Une histoire d’un livret avec ses pages déjà jaunies

 






Quel peut donc être le sens de ces préférences générales pour la vie à la campagne ou à la ville, pour la vie d’action et la vie de plaisir, pour la retraite ou pour la société, sachant qu’outre la différence  d’inclination entre les hommes, l’expérience personnelle de chacun peut le convaincre que ces genres de vie ont, chacun leur tour, leur agrément, et que c’est leur variété ou leur judicieux  mélange qui contribue plus que tout à les rendre également agréables ?

Le Sceptique, Hume


Je feuilletais il y a peu un livret avec « ses pages déjà jaunies » quand quelques mémoires se sont devenues vivantes. Je voudrais les partager avec vous.

C’était lui aussi un étudiant universitaire qui venait d’entrer à la faculté de philosophie, presque à la fin de la première décennie des années 2000, dans une université de São Paulo. Avec un répertoire philosophique précaire, l’unique livre de philosophie qui avait été lu, un peu avant de commencer les études, c’était La République de Platon. Trouvé dans une librairie du « ABC paulista » – un ensemble de villes situées dans la région métropolitaine de São Paulo –, le livre avait la première de couverture blanche, le titre en rouge bordeau et une figure en gris décoloré qui représentait la façade du Parthénon. Un commentaire succinct en pied de page avait stimulé la curiosité : une œuvre fondamentale dans la trajectoire de la pensée philosophique. Donc, dans cette librairie encore, le livre a été pris en main, quelques-unes de ses pages ont été feuilletées et il y a eu la décision de l’acheter. Ensuite, avec enthousiasme, le livre a été amené chez moi et l’impatience de commencer la lecture était évidente. Quelques jours plus tard, la lecture était complètement finie. Et c'était par là que la trajectoire a commencé, et ce livre est chez moi jusqu'à aujourd'hui.

La journée a commencé par là, pourtant ce ne sera pas par là que mes pas avanceront. Oui, je suis arrivé à cette conclusion, déjà à la faculté, après la lecture des premiers textes philosophiques et après avoir regardé quelques cours. L’un de mes professeurs qui dispensait une bonne partie des cours sur Platon et en philosophie ancienne, professeur Paulo Henrique, était une personne incroyable et extrêmement généreuse. Ses cours ont été si importants qu’il était possible de construire une notion et de mieux comprendre quelques aspects du Platonisme. Cependant, dès la première année de ma formation, j’ai adopté une posture si prudente par rapport à la réception des idées des philosophes avec lesquels cet étudiant, dans ce cas moi, aurait un contact. Selon mon évaluation, il serait nécessaire d’avoir plus de temps d’études et d’approfondissement dans les doctrines tout au long de l’histoire de la philosophie pour qu’une position philosophique puisse être établie. Alors, j’ai conclu que je ne serais pas platonique.

Avec l’avancement des cours, beaucoup de débats et d’échange d’idées parmi les collègues, j’ai au fur et à mesure découvert que mon répertoire philosophique, jusqu'alors précaire, était une vertu. Mais, qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne suis pas arrivé à l’université muni de lectures, et dans ce sens, j’ai pu construire petit à petit mes propres notions conformément à l’absorption des cours de professeurs et professeures beaucoup plus expérimentés, qui ont consacré – et consacrent encore – plusieurs années de vie aux études de la pensée. C’est-à-dire que je ne suis pas arrivé à la faculté avec une notion préconçue sur ce que serait la philosophie – d’ailleurs, on découvrira tout au long des cours que la question « Qu’est-ce que la philosophie ? » est considérée par quelques penseurs et penseuses comme l’une des questions philosophiquement les plus déconcertantes. Plusieurs fois, l’interprétation d’un texte philosophique peut être équivoque. Par ailleurs, elle peut émerger en tant que le résultat des conceptions traditionnelles dénuées de fondement. Je ne suis pas arrivé à l’université muni de ces lectures, pourtant j’ai souvent eu une disponibilité intellectuelle, si je peux ainsi dire, considérée très bénéfique à l’exercice de la pensée. J’ai toujours nourri beaucoup de curiosité face à l’inconnu. Ainsi, commencer à suivre le parcours des chemins philosophiques au moyen de l’orientation des professeurs et professeures spécialistes s’est révélé formidables.

J’ai toujours eu la pensée vivante depuis mon adolescence. À l’université, découvrir ce que les autres philosophes pensaient sur les sujets les plus variés était une manière de comprendre peu à peu l’humanité qui habitait chez moi. Ainsi, je découvrais que mes inquiétudes étaient le fruit de réflexion, et dans ce sens, elles faisaient partie du cours de ma maturation. Dans un certain moment, j’ai eu l’impression qu’un avancement significatif pourrait être fait à partir du moment où j’ai établi un contact avec les textes du professeur Porchat dans son Rumo ao Ceticismo, à travers les cours du professeur Piva, qui sera mon directeur de recherches, une figure dont la générosité était exceptionnelle. Donc, j’ai décidé de changer le cours de mes investigations et la direction de ma réflexion pour mieux comprendre la proposition de « l’école » sceptique. Deux aspects ont suscité mon intérêt pour mieux la comprendre : Le premier aspect consistait en la prudence par rapport aux études des doctrines philosophiques les plus diverses, c’est-à-dire avec l’établissement de la tradition philosophique occidentale et la figure de Thalès, les lignes de pensées les plus variées et des écoles philosophiques ont été développées tout au long de l’histoire de la philosophie. Dans ce sens, avec toutes ces écoles, on a eu l’émergence de ce que le professeur Porchat a compris être « o conflito das filosofias » ; le second aspect consistait en une proposition très intéressante par rapport au scepticisme. Le sceptique, face aux doctrines dogmatiques formulées par les écoles philosophiques les plus différentes, toujours en conflit constant les unes avec les autres, et avec une force persuasive également convaincante, suspend le jugement, et ensuite arrive à la tranquillité. Tous ces enseignements, jusqu’alors inédits dans ma vie, ont été le fruit des études consacrées tout au long des cours et de la participation au groupe d’études sur le scepticisme, celui-ci sous la direction du professeur Piva. Toutefois, comprendre philosophiquement que le scepticisme n’est pas une doctrine, mais une habilité prend du temps – et avec moi, cela ne sera pas différent. Pourtant, sa caractéristique la plus marquante consiste en son trait persuasif. Sans parler de son caractère aporétique et zététique.

Comme je l’ai dit dans d’autres publications, découvrir l’altruisme philosophique du médecin et philosophe Sextus Empiricus, après avoir lu les Esquisses Pyrrhoniennes, a été l’un des événements les plus marquants dans ma trajectoire universitaire. Les textes de Sextus Empiricus ont été légués à l’histoire de la philosophie en tant qu’un des principaux travaux sur le scepticisme dans l’antiquité. Il y a différentes manifestations de la pensée sceptique, et le travail de Sextus Empiricus est le fruit de la compréhension du Scepticisme Pyrrhonien dont le fondateur était Pyrrhus d'Elis (365-275 av. J.-C.). Ultérieurement, savoir que dans l’Académie de Platon il y a eu la manifestation du Scepticisme Académique représentait un élément très important indiquant que mon chemin était orienté vers le nord.

Dans l'après-midi d’un samedi, si je me souviens bien, le jour était un peu gris, donc j’ai décidé de chercher quelques livres chez un bouquiniste de la région du « ABC paulista ». J’avais besoin de faire quelques devoirs de l’université, donc, c’était là que je pourrais les trouver. Il y avait la bibliothèque de l’université où les livres pouvaient être trouvés, sans doute, toutefois je voulais les acheter pour les avoir en ma possession dans la mesure du possible. Le professeur Piva avait déjà formulé des commentaires sur un livret qui s’appelait O que é Ceticismo, par Plínio Smith. Quand je suis arrivé chez le bouquiniste, j’ai commencé à parcourir les étagères. Il y avait beaucoup de livres. C’était formidable ! Quand je suis allé au rayon de philosophie, je n'ai pas trouvé les livres que je cherchais, cependant j'ai trouvé un petit livret dont « les pages étaient déjà jaunies ». J’imagine que le lecteur et la lectrice doivent déjà savoir de quoi on parle. Oui ! O que é Ceticismo. J’ai tout de suite pris le livret et je commençais à le lire à mon arrivée chez moi.

Après avoir parcouru quelques-unes de ses pages, j’arrive au chapitre « O ceticismo mitigado de David Hume ». On a eu l’occasion d’étudier la pensée de Hume la troisième année de la faculté. À ce moment-là, quand on lisait Le Traité de la Nature Humaine, j’avais déjà absorbé les cours en étant guidé pour l’interprétation du scepticisme mitigé de Plínio Smith dans son O que é Ceticismo – Hume avait 27 ans quand il a fini le Traité, son premier livre, dont la composition consiste en trois volumes : Le premier livre (De l'entendement) et le second livre (Des passions) ont été publiés en 1739 ; d’un autre côté, le troisième livre (De la morale) avec « l’Appendice » ont été publiés en 1740. Je dois faire un commentaire, dans cette circonstance, on a eu très peu de temps pour s’approfondir dans la philosophie de Hume, et à ce moment-là, au moins pour moi, sa pensée s’est présentée comme l’une des plus déconcertantes et philosophiquement riches. L’origine des idées, le fondement des inférences causales, le fondement de la morale, tous ces éléments philosophiques étaient tellement féconds et originaux ! Tout cela devait être compris en détail. J’ai voulu approfondir les études de la philosophie de Hume, une fois qu’on a eu un panorama introductif. Tous les doutes, questions et inquiétudes ont commencé à fermenter et j’avais besoin d’autres réponses. Je suis devenu très curieux de découvrir d’autres aspects de la pensée de Hume.

J’avais décidé non seulement d’approfondir les recherches dans le cadre d’un programme de master et de continuer à approfondir les études sur « l’école » sceptique, mais aussi de développer un travail de recherche sur le scepticisme mitigé de Hume. Eh bien, j’ai réussi la sélection et je suis entré aux études du troisième cycle, en philosophie, dans une université de Guarulhos. Mais cela n'est pas tout. J’avais décidé de construire une carrière académique. Je suis très reconnaissant au professeur Plínio pour la période consacrée à ma direction, et surtout, pour l’opportunité d’avoir connu son interprétation sur le scepticisme mitigé de David Hume dans son livret – très court, dont le contenu est non moins fécond. Son livre, O Ceticismo de Hume, mérite d’être lu plusieurs fois – à chaque lecture, une nouvelle découverte. Malheureusement, j’ai vécu une période très difficile tout au long du master et j’avais besoin d’interrompre les études pour m’occuper de ma santé qui était très mauvaise à l’époque. Toute cette situation a compromis l’avancement des recherches, ainsi que l’avancement des travaux. Ma capacité de penser, de chercher et d’écrire était très affaiblie dans ces circonstances. Aujourd’hui, je suis pleinement récupéré, sain et mes capacités d’écriture sont rétablies.

Cette recherche n’a pas été concluante et je n’ai pas pu concrétiser ma carrière académique. Toutefois, je maintiens dans la mémoire avec joie les bons moments vécus, comme la pause café à la cantine, les cours pendant les études du troisième cycle, le moment dans lequel j’ai eu l’opportunité de dispenser des cours. C’était incroyable. Je maintiens également avec beaucoup d'affection dans le tiroir de mon bureau les deux pinceaux que j'utilisais quand je dispensais des cours. D’un autre côté, grâce au travail développé à l’époque de la faculté, à la publication de notre traduction de l’article de Richard Popkin dans la revue Sképsis et au master, même partiellement achevé, aujourd’hui, au-delà d’être philosophe, je suis aussi traducteur. Et je suis également traducteur grâce aux études des langues que je cultive tout au long de ma vie, parmi lesquelles le français, dont l’intérêt pour les études a été le fruit de l’influence directe du travail de direction qui a été initié à la faculté et développé dans le master. Je le consolide chaque jour de ma carrière. Il est aussi incroyable d’avoir l’opportunité de travailler avec les personnes de différents lieux autour du monde. La pensée philosophique de Hume est vivante chez moi, et aujourd’hui, si je peux ainsi dire, mon répertoire philosophique est un peu plus varié, mais néanmoins, si on prend en considération toute la tradition occidentale, il est encore tellement restreint, par conséquent, j’ai l’intention de continuer les études, au-delà de la pensée de Hume et de la pensée sceptique, de d’autres penseurs et penseuses. J’ai aussi l’intérêt pour les études en philosophie française, surtout la pensée de la période du Siècle des Lumières. Avoir quelques années de lecture à venir, qui sait, est un peu réconfortant.

Je suis reconnaissant de l’opportunité d’avoir croisé sur mon chemin, chez le bouquiniste,  ce livret avec « ses pages déjà jaunies ».

 

 

Sur la peinture :

Vincent van Gogh (1853 – 1890)

Champ de fleurs près d’Arles

Arles, mai 1888

Huile sur toile

Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)


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Tuesday, February 20, 2024

Le cultive de différentes langues et d'autres considérations

 






Il y a des gens qui disent que toute la diversité de langues présentes dans le monde serait un véritable problème. Pour eux, cette diversité représenterait un problème pour la communication parmi les êtres humains. À partir du moment où il y a différentes langues, les personnes ne seraient pas capables de se communiquer et de parvenir à la compréhension. Par contre, d'autres personnes ont plutôt tendance à considérer cette question sur le point de vue opposé. Selon ce point de vue, différemment d'être un véritable problème, cette diversité représenterait l'une des plus riches caractéristiques humanistes. C'est-à-dire, avec l'existence de différentes langues, il y aurait la possibilité d'existence de nouveaux modes de se communiquer, de parler, d'écrire et d'exprimer des idées. Et quand on parle d'exprimer des idées, on a en vue que les différentes langues pourraient exprimer la pensée de modes variés. On perçoit sa détermination dans le monde au moyen de différentes manifestations artistiques, comme la peinture, la littérature, l'architecture et la musique, par exemple. Ici, on fait référence à la pensée artistique. Mais qu'est-ce que serait la pensée ? Je vous invite à réfléchir avec moi à quelques idées qui me viennent maintenant à la tête et qui seront esquissées tout au long de ce bref essai.

La langue maternelle fait partie de la vie des personnes lorsqu'elles commencent à recevoir les premières influences d'une certaine communauté linguistique. Il y a des personnes qui grandissent dans un environnement monolangue, c'est-à-dire l'apprentissage des premiers mots et la communication se passent au moyen d'une seule langue. Par contre, il y a des personnes qui grandissent dans un environnement multilangue, c'est-à-dire l'apprentissage des premiers mots et la communication se passent au moyen de deux ou plusieurs langues. Dans le premier cas, les personnes héritent le legs linguistique d'une communauté de locuteurs. Dans le second cas, les personnes héritent le legs linguistique au moins de deux communautés de locuteurs.

Pour une personne qui grandit dans un environnement monolangue, cela ne signifie pas qu’elle parlera uniquement une langue tout au long de sa vie. Cette personne, au cours de sa formation éducationnelle, peut découvrir des nouvelles références et manifester le désir d'établir contact et d'apprendre la langue d'autres communautés linguistiques. Percevez que si cette personne considère correct le précepte selon lequel la diversité de langues présentes dans le monde représenterait un véritable problème, elle mépriserait que la diversité de langues présentes dans le monde représente l'une des plus riches caractéristiques humanistes. C'est-à-dire, elle laisserait l'apprentissage d’une nouvelle langue de côté, car, pour elle, la compréhension parmi les êtres humains représente un problème insoluble, une fois que les désaccords ont toujours existé et que les choses sont toujours comme cela. Donc, la possibilité d’apprendre une nouvelle langue ne ferait aucun sens.

De l'autre côté, quand on découvre comment cette diversité de langues représente l'une des plus riches caractéristiques humanistes, la possibilité d'apprendre une nouvelle langue et, par conséquent, la possibilité de faire partie d’une nouvelle communauté de locuteurs émerge. Wittgenstein disait que les limites de son langage signifiaient les limites de son monde. C'est-à-dire, quand quelqu'un décide d’apprendre une deuxième langue, un nouveau mode de se communiquer, de parler, d'écrire et d'exprimer des idées pourra naître. En ce sens, la volonté d'apprendre une nouvelle langue est nourrie par la curiosité de découvrir un nouveau monde, et si cette volonté d'apprendre une nouvelle langue est une flamme vivante, ce monde n'a pas de frontières. Autrement dit, la volonté d'apprendre une nouvelle langue émerge quand il y a une curiosité de comprendre ce que les autres personnes pensent et ont à dire. Établir contact avec le patrimoine culturel d'autres peuples d'une manière si intime, c'est-à-dire au moyen de la connaissance de la langue de cette communauté de locuteurs, peut être l'une des expériences existentielles le plus enrichissantes. Lire des livres, écouter de la musique, regarder des films ou même perfectionner l'art de la conversation, entre autres choses, tout cela pourra être fait quand on commence à cultiver des nouvelles langues. Si les modernes ont fait l'exploitation du Nouveau Monde par la mer, ce ne serait pas une mauvaise idée d'exploiter non seulement l'Ancien Monde par le langage, mais aussi le monde entier.    

Quand on apprend à cultiver la pratique et l'apprentissage de nouvelles langues, on arrive à valoriser cette richesse de caractéristiques humanistes en termes linguistiques. La communication se passe dans la vie quotidienne et, fréquemment, quand on n'est pas capable de faire la bonne utilisation des mots, la compréhension devient plus difficile. Cela se passe avec les propres locuteurs à l'intérieur d'une communauté linguistique et parmi les locuteurs qui appartiennent à différentes communautés linguistiques. Par contre, j'ai l'impression que cette complexité présente pendant la communication est plus une caractéristique du fonctionnement des langues qu'un véritable problème. Il y a des gens qui aiment utiliser un vocabulaire trop élaboré et compliquer la communication, par exemple. Cependant, quand on se dispose à communiquer et à exprimer nos pensées de manière simple, claire et accessible, on peut construire la compréhension.

Il y a beaucoup de langues et, malgré le désir d'en apprendre des nouvelles, je pense qu'il serait pratiquement impossible à les apprendre toutes au cours d'une vie. Dans ce sens, afin de promouvoir la compréhension, l'entente et le rapprochement culturel et commercial parmi les peuples, la figure du traducteur apparaît. Ce professionnel a dévoué plusieurs années de sa vie à l'apprentissage des langues avec lesquelles il travaille et, après tout l'apprentissage, le cultive de ces langues est devenu naturel.

On a déjà commenté dans certaines publications antérieures qu’un même mot peut être utilisé dans des contextes différents, et quand l'utilisation transite parmi les contextes, la signification des propositions change. Par exemple, le mot « tolérance » peut être utilisé en différents contextes. Ainsi, si on considère que les mots sont quelques des composants constitutifs des langues – je fais référence à celles pour lesquelles l'idée de mot a du sens, cependant, il y a d'autres langues dans d'autres régions et lieux dont l'idée de mot n'a peut-être aucun sens – et la communication, la parole, l'écriture et l'expression de la pensée passent par les mots, donc la reconnaissance des différentes langues présentes dans le monde implique la reconnaissance des différentes communautés linguistiques.

Le traducteur, à son tour, peut mettre en pratique deux habilités linguistiques très intéressantes pour promouvoir la compréhension et l'entente en ayant en vue la culture des différentes langues avec lesquelles il travaille :  la cordialité et la versatilité linguistiques. Dans mon cas, je travaille avec les paires linguistiques anglais et français vers le portugais du Brésil. Ainsi, au-delà de la communauté lusophone, je me considère membre des communautés anglophone et francophone. C'est-à-dire, je me considère proche des locuteurs de ces communautés à partir du moment où, dans certaines circonstances de ma vie, j'ai eu l'intérêt d'apprendre, d'étudier et de cultiver les langues anglaise et française. De l'autre côté, j'ai repris les études d'espagnol il y a peu de temps et j'ai l'intention de prochainement offrir mes services linguistiques de l'espagnol vers le portugais du Brésil, c'est-à-dire je rejoins la communauté linguistique hispanique. C'est tellement gratifiant l'idée de pouvoir établir contact avec nos chers voisins latino-américains et aussi avec les Espagnols. Ma trajectoire linguistique se déroule comme cela : le portugais du Brésil est ma langue maternelle ; l'anglais est ma deuxième langue ; l'espagnol est ma troisième langue dont les études ont été interrompues après un an ; le français est ma quatrième langue ; après avoir conclu les études de français, j'ai repris les études d'espagnol.

Ainsi, si on considère qu'une personne ne sera pas capable d'apprendre toutes les langues existantes tout au long de la vie, si on considère que les propres personnes ont certaines affinités par rapport à l'apprentissage de certaines langues et si on considère encore qu'il y a des personnes sans aucun intérêt à l'apprentissage de langues, le traducteur pourrait représenter une figure très intéressante pour promouvoir la compréhension et l'entente, donc son travail a la tendence de rapprocher les personnes. Pour le traducteur, la diversité linguistique présente dans le monde représente une richesse humaniste considérable. Et le fait d'exister beaucoup de personnes qui s’expriment seulement par la langue maternelle peut être une motivation supplémentaire pour le travail du traducteur. Ces personnes pourraient être incluses dans la communication qui se passe dans la vie quotidienne. Par exemple, un patient qui est à la recherche de certaines informations sur un traitement médical pourrait accéder aux nouvelles qui se passent dans d'autres pays grâce aux annonces scientifiques qui sont faites dans sa langue maternelle. Le travail de traduction génère de l'inclusion linguistique.

De l'autre côté, la complexité présente dans la communication est perceptible pendant la traduction d'un texte. Dans ce sens, j'ai l'impression que la signification des mots, et non la diversité de langues présente dans le monde, représente un problème à la communication. S'il y avait une signification univoque, il n'y aurait pas du tout le besoin de toute la diversité linguistique présente dans le monde et tout le monde serait capable de se comprendre, êtes-vous d'accord ? Ainsi, la diversité terminologique présente dans le texte demande au lecteur ou à la lectrice, entre autres choses, l'investigation continue  de la signification pour que le texte puisse devenir intelligible, une fois que la signification des propositions est construite à partir de l'utilisation des mots. Pendant la traduction, une des motivations du traducteur est de construire un texte qui respecte l'intelligibilité du texte original. Et quand je parle d'intelligibilité, je considère le terme en sens élargi, c'est-à-dire la construction de cohérence entre le texte original et le texte traduit, le ton du message, le style, la fluidité, la consistance terminologique, entre autres aspects. D’ailleurs, un élément important qui aide à guider le travail du traducteur est d'avoir en considération le public lecteur. Le texte traduit sera destiné au public lecteur, donc plus accessible le texte, mieux pour le lecteur ou la lectrice.

Je ne pourrais qu'illustrer comme un exemple la traduction des textes pour le domaine médical. Traduire un texte de ce domaine est un travail qui demande beaucoup d'attention, mais il est aussi doublement gratifiant. L'utilisation, la traduction et l'emploi terminologique doivent être précis et clair. Premièrement, travailler avec un texte dont le contenu est scientifique me fait souvenir de l'époque de la faculté, le moment où j'ai eu l'occasion d'étudier les textes de Sextus Empiricus – médecin et philosophe. Découvrir son remarquable altruisme philosophique a été l'un des événements les plus marquants de mon parcours universitaire. J'ai toujours à la tête ses enseignements et son altruisme philosophique semble avoir un effet notable sur ses patients. Deuxièmement, le fait de savoir que la traduction d'un texte du domaine médical sera destinée au lecteur ou à la lectrice représente une inclusion en termes de bien-être et de santé.

Par contre, cultiver les langues d'autres communautés n'implique pas laisser de côté sa langue maternelle. C'est bien au contraire ! Même si le monde n'a pas de frontières, en termes linguistiques, pour ceux qui sont intéressés par l'apprentissage des langues, la langue maternelle est si ou plus cultivée que les autres langues, une fois que le traducteur vit dans sa communauté de convivialité linguistique plus proche. J'ai l'intention de construire ma bibliothèque tout au long de ma vie. Je fais cela petit à petit, doucement. Et dans la plupart du temps libre, j'aime mettre à jour mes lectures. Je prétends réserver un moment de ma vie à la lecture des classiques de la littérature brésilienne. Quand j'étais adolescent, au lycée, j'aimais les cours de littérature et j'avais une prédilection pour les études de la langue portugaise et de l'anglais. Je n'ai jamais été un élève brillant, mais j'aimais beaucoup les cours. Cependant, j'ai l'impression que, après avoir reçu la formation universitaire, ces lectures pourraient être interprétées sous un regard différent, avec un héritage philosophique vivant. Par exemple, j'aimerais lire plus attentivement Machado de Assis, Olavo Bilac, Lima Barreto, Graciliano Ramos, João Cabral de Melo Neto, Cecília Meireles, Clarice Lispector, entre autres. Mes lectures suivront mon parcours et mon vieillissement en tant qu'être humain. J'ai eu un professeur à la faculté, appréciateur de l'œuvre de Diderot, qui disait qu'une vie n'était pas suffisante pour qu'on puisse lire tous les classiques. Je dirais aussi, afin de compléter cette observation, que pour lire certains classiques dans une langue étrangère, il faut consacrer un temps précieux de la vie à l'étude des langues avec lesquelles on a des affinités. Par ailleurs, le résultat concret du travail de traduction est réalisé et livré au lecteur dans la langue maternelle.

Je ne pourrais m'empêcher de rappeler la provocation de Schopenhauer, selon laquelle, pour lui, la traduction est « une œuvre morte ». Quant aux traductions des écrivains de l'antiquité spécifiquement, sa provocation disait encore qu'« elles constituent pour ceux-ci un succédané tel que la chicorée par rapport au vrai café ». Une fois de plus, j'aimerais exprimer mon désaccord. Et, chers lecteurs, sachez que, quand on est disponible à philosopher, l'expression du désaccord est un déploiement salutaire pour la pensée. D'ailleurs, reconnaître la possibilité d'existence du désaccord est également bénéfique. J'ai déjà offert quelques arguments en indiquant mon désaccord quant à la provocation. J'aimerais offrir d'autres considérations. Une traduction n'est pas une œuvre morte selon les raisons suivantes. À partir du moment où le traducteur travaille motivé par l'idée selon laquelle il peut promouvoir la compréhension et l'entente, le résultat de son travail engendre l'approximation des personnes, comme je l'ai déjà dit. Par ailleurs, il y a des gens qui peuvent être bénéficiés par le contact d'un texte traduit. Imaginez que les jeunes étudiants ont la curiosité d'établir contact avec la littérature étrangère. Cependant, dans ces circonstances, ils n'ont pas encore eu l'occasion d'apprendre la langue du texte original. Et cela se passe en fonction des motifs les plus variés. Par exemple, il y a des cas selon lesquels les jeunes étudiants n'ont pas de conditions financières pour financer les études d'une langue étrangère. Cela se passe souvent – d'ailleurs et malheureusement. Ainsi, avoir la possibilité de conduire un texte traduit vers ces lecteurs pourrait être formidable. À partir du contact avec cette lecture, ces jeunes étudiants pourraient maintenir l'intérêt vivant par rapport aux études d'une langue étrangère dans une circonstance plus opportune. Dans ce sens, traduire, je répète, est promouvoir l'inclusion linguistique. De l'autre côté, les œuvres des écrivains de l'antiquité ont été écrites dans les langues qui ne sont plus parlées contemporainement. Ainsi, le traducteur fait un travail très minutieux pour essayer de récupérer, entre autres choses, l'intelligibilité de ces œuvres, et dans la mesure de ses forces, le résultat de son travail devra offrir le texte traduit en respectant les plus diverses caractéristiques littéraires du texte original. C'est-à-dire, il y a eu certaines expériences intellectuelles et tout un itinéraire a été parcouru par le traducteur. Évidemment, les textes sont différents, si on considère qu'ils ont été écrits en différentes langues, entre autres aspects. Par contre, je pense que le travail du traducteur a son importance à partir du moment où il offre au public lecteur une possibilité de lecture, au-delà de maintenir l'intérêt et la curiosité vivants pour que les personnes puissent savoir ce que l'auteur disait dans un passé distant.

À ce stade, le lecteur ou la lectrice pourrait formuler l'objection suivante : l'apprentissage d'une langue est plein de difficultés. En outre, il y a beaucoup de personnes qui n'aiment pas lire, alors pourquoi elles liraient une traduction ? Premièrement, au-delà de tous les bénéfices proportionnés grâce à l'apprentissage d'une langue, la pratique de l'apprentissage peut être interprétée en tant qu'un acte de modestie. Quand une personne est exposée à l'apprentissage d'une langue étrangère, elle aura l'opportunité d'établir contact avec d'autres visions du monde, opinions, modes de communication, etc. Par ailleurs, cette personne pourra apprendre, pratiquer et découvrir la tolérance à partir du moment où cette personne commence à expérimenter les divers aspects d'une nouvelle culture, à apprendre les coutumes et les modes de penser. Voici quelques richesses humanistes qui pourraient être absorbées par rapport à la diversité linguistique. Cette personne pourra faire partie d'une nouvelle communauté de locuteurs. Deuxièmement, quant au goût pour la lecture, effectivement, il y a beaucoup de personnes qui n'aiment pas lire dans sa langue maternelle. Et, ainsi, il y a beaucoup de personnes qui n'ont pas la notion de l'importance d'un texte traduit. Par contre, je pense que le goût pour la lecture peut être acquis tout au long de la vie, donc sa pratique peut devenir une habitude. Est-ce que vous avez déjà imaginé comment le contact avec les mots peut stimuler l'inventivité, mettre la pensée en mouvement et engendrer de nouvelles idées ? Ainsi, quand les personnes arriveront à découvrir toute la richesse concernant l'apprentissage des langues et, par conséquent, à prendre le goût pour la lecture, ils seront tout à fait en mesure d'attribuer de la valeur à un texte traduit. Voilà donc la découverte de l'importance du travail du traducteur.

Et quand on parle de tolérance, voici un autre aspect de toute la richesse humaniste qu'on a évoquée ci-dessus. En cultivant différentes langues, on parvient à reconnaître les communautés de locuteurs et leurs différents modes de communication. En ce moment, le lecteur ou la lectrice pourrait formuler une autre objection. La communication est fréquemment inintelligible et il y a des tensions quand elle se passe parmi les personnes. Premièrement, reconnaître les diverses communautés de locuteurs implique la reconnaissance de divers phénomènes linguistiques présents à l'intérieur de ces communautés. Des nouvelles pratiques et approches linguistiques peuvent naître spontanément. Un certain groupe linguistique à l'intérieur de cette communauté de locuteurs pourra adopter un vocabulaire spécifique, utiliser certaines expressions et pourra – pourquoi pas ? – adopter certaines pratiques discursives au détriment d'autres. Comme j'ai déjà dit antérieurement, ces phénomènes linguistiques sont dynamiques et se passent spontanément. Deuxièmement, une communauté linguistique adopte sa référence normative qui détermine la norme linguistique. Quand ces phénomènes linguistiques se passent spontanément à l'intérieur de la communauté de locuteurs, ils engendrent des nouveautés, entre autres choses. Et voilà, à partir de ce moment, donc, une tension entre les nouveautés et l'usage conventionnel de la norme linguistique. Et j'ai l'impression que cette tension ne représente pas un problème, mais un trait de fonctionnement des langues. Au fur et à mesure, et avec la découverte et l'adoption des nouvelles pratiques linguistiques, certaines utilisations et modes de communiquer deviendront habituels et présents parmi les locuteurs. C'est-à-dire, d'un côté, il y a les phénomènes linguistiques qui se passent spontanément ; de l'autre côté, la référence normative qui détermine la norme linguistique. Et je pense que tous les deux peuvent coexister pacifiquement. Il appartiendra donc aux locuteurs de faire la bonne utilisation des mots, d'être prêts à exprimer clairement leurs pensées et d'avoir le bon sens d'identifier le contexte dans lequel la communication advient. Après tout, pour qu'il y ait de la communication, il faut qu'il y ait de la disponibilité et de la bonne volonté de la part des interlocuteurs.

Pour conclure le texte, j'aimerais finaliser l'essai en disant que l'acte de modestie qu'on met en pratique quand on apprend non seulement les langues, mais tous les modes d'apprentissage qu'on est disposé à absorber pour qu'on puisse être dans le monde d'une manière plus intelligente, me semble être un acte très salutaire pour le perfectionnement du genre humain. Est-ce que vous avez déjà pensé comment pourrait être intéressant d'ouvrir un livre de philosophie, par exemple ? Ainsi, l'image du professeur et de la professeure me vient à la tête. J'ai eu l'opportunité de connaître des personnes très généreuses au long de mon parcours d'apprentissage – constant et ininterrompu – dans les écoles, dans les écoles de langues et à l'université ici au Brésil. Donc, je vois un rapport direct parmi le travail de ces professionnels, le travail du traducteur et le travail de lecture du public lecteur. Le goût pour la lecture et le possible goût pour la lecture d'un texte traduit peuvent naître, aussi et surtout, dans l'environnement scolaire et universitaire. Je ne pourrais qu'exprimer toute ma gratitude et dire merci beaucoup à toutes ces personnes.

Merci beaucoup de votre attention et j'espère que vous avez apprécié la lecture.

À la prochaine publication !


 

Sur la peinture :

Vincent van Gogh (1853 – 1890)

Les Souliers

Paris, septembre-novembre 1886

Huile sur toile

Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)


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Sunday, August 27, 2023

Le traitement à apporter aux mots pendant la traduction

 






Voici une nouvelle publication dans notre blog. Soyez les bienvenus une fois de plus ! Dans notre publication antérieure, on a parlé de Deux étapes de la traduction : l’uniformité terminologique et l’investigation terminologique. Je voudrais vous indiquer les deux idées principales dans le texte. D’un côté, l’investigation terminologique rend le projet consistant – et à partir du moment où il est consistant, il a qualité. De l’autre, l’investigation terminologique rend possible la recherche de la traduction plus adéquate d’un terme. Ainsi, finalement, on aura le texte original et le texte traduit. À titre d’illustration, dans les pays où certains produits ou services sont commercialisés, le texte original, écrit en anglais ou français, est dirigé vers le public respectif afin d’en stimuler les ventes. Toutefois, ces mêmes produits ou services sont commercialisés en dehors des pays anglophones et francophones. Il y a d’autres marchés dans le monde dans lesquels ces produits ou services sont offerts. Et, dans notre exemple, le texte traduit circulera afin de répondre aux besoins du public lusophone brésilien. L’exemple est opportun, car mes paires linguistiques sont anglais>portugais et français>portugais. Alors, la notion de public lecteur ou même d’audience vers laquelle le texte sera dirigé émerge. Avec cette notion en tête, le professionnel du mot pourra orienter son travail pour que le texte traduit soit capable de répondre aux demandes et satisfaire les besoins de l’audience. Ainsi, pour réussir cela, il faut prendre en considération au moins deux aspects : d’un côté, le texte original ; de l’autre, le texte traduit dirigé vers son audience ; et, entre les deux, l’image du professionnel du mot promouvant toujours l’entendement, la compréhension et la communication pour fortifier les liens commerciaux, culturels, entre autres choses. Si l’on considère que les mots sont la matière première avec lesquels l’activité de traduction s’articule donc pour la transformer en un texte bien travaillé, cela implique de reconnaître que les mots doivent recevoir tout notre soin. Dans la publication d’aujourd’hui, je voudrais parler du traitement à apporter aux mots pendant la traduction.

 

Pour plus inquiétante que soit la question qu’est-ce qu’un mot ? et indépendamment des possibilités de réponse, on constate que les mots sont présents dans notre vie quotidienne et dans les circonstances les plus variées. La question peut avoir un sens pour certains pays et leurs cultures respectives, surtout les pays occidentaux. Toutefois, dans d’autres régions du monde, et dans d’autres langues, la notion de mot n’a peut-être aucun sens. D’un autre côté, il y a une certaine inclination à attribuer une signification intrinsèque aux mots, cependant le fait que d’autres langues occidentales accueillent l’idée de mot n’implique pas que les mots aient nécessairement une signification intrinsèque. Par exemple, le même mot peut être utilisé en contextes différents et à partir du moment où l’utilisation transite parmi des contextes la phrase aurait une signification différente. Utilisons le verbe « pintar » (peindre).  Apeles pintou um quadro no qual representava a figura de um cavalo (Apeles a peint un tableau dans lequel il représentait l’image d’un cheval). Dans ce contexte, le verbe « pintar » est utilisé pour indiquer qu’Apeles a peint un tableau où il a représenté l'image d'un cheval. D'ailleurs, si vous me permettez une petite digression, je me souviens d'une anecdote à propos de ce peintre. Une fois, Apeles peignait un tableau et essayait de reproduire l'image de l’écume dans la bouche d'un cheval, mais il n'y arrivait pas. Après de nombreuses tentatives infructueuses, et déjà frustré et extrêmement ennuyé, le peintre a pris l'éponge avec laquelle il nettoyait ses pinceaux et l'a jetée en direction de la toile. À sa grande surprise, l'éponge a touché la bouche du cheval et de la manière la plus inimaginable qu’on puisse penser, l'effet de l'écume qu'il avait tant désiré et recherché a enfin été reproduit. Après cela, Apeles s’est senti tranquille. Reprenons le raisonnement. Utilisons le verbe « pintar » dans le deuxième exemple. Ela pintou o sete enquanto estava tramando planos mirabolantes (Tout le monde en parlait alors que les plans mirobolants étaient en cours d'élaboration). Dans ce contexte, le verbe « pintar » a été utilisé comme une expression idiomatique : « pintar o sete » indique que la folie faisait parler d'elle pendant que les plans étaient tracés.

 

 Considérer l'émergence de nouvelles possibilités sémantiques à partir de l'utilisation des mots en contextes différents peut être une pratique bénéfique pour l'activité de traduction. Dans mon expérience professionnelle, j’ai eu l’opportunité de travailler avec des textes financiers, gouvernementaux, journalistiques, médicaux, marketing, techniques entre autres. Au-delà de cette approche, quand on traduit un texte, il est recommandable au professionnel du mot de lire attentivement le texte source pour que soit possible la rédaction d’une traduction adéquate. Mais cela n'est pas tout. Lire implique de scruter les mots. Aussi bien dans le texte source que dans le texte cible. Si vous me permettez l’occasion, je voudrais partager une expérience que j’ai vécu pendant la traduction d’un matériel pour un de mes clients. Le client en question était une agence de traduction américaine qui fournissait des services pour une entreprise dont la filiale était brésilienne. Le matériel avait une quantité de mots raisonnable, c’est-à-dire que j’ai dévoué un temps de travail considérable pour finir la traduction. Texte source anglais vers portugais. Pendant le processus de traduction, presque à la fin du document, il y avait une liste avec les numéros de téléphones de chaque filiale de l’entreprise. J'ai observé que le code d'appel international de la filiale brésilienne (+55) était utilisé incorrectement pour une filiale située dans un autre pays. Ainsi, avec la constatation de la faute, j’ai envoyé un message au gestionnaire de projet en indiquant le fait et je lui ai suggéré que le numéro pouvait être incorrect, étant donné que le code d’appel international du Brésil est +55. Alors, je lui ai dit que j'attendrais les informations correctes pour que la traduction puisse être finie. Un peu plus tard, le gestionnaire de projet a répondu au message en disant que le numéro avait été corrigé. Grâce à cette attitude, j’ai reçu les remerciements du client pour avoir identifié la faute dans le texte originel. Cette intervention a évité un problème de communication à l’entreprise ultérieurement. Finalement, la traduction a été livrée avec le bon numéro de téléphone et le code d'appel international (+55) corrigé dans le texte source.

Ces petites fautes peuvent être produites même si le texte originel est bien rédigé. Dans ce cas, soyez prêt à établir un contact avec le gestionnaire de projet pour exprimer tous les commentaires que vous considérez pertinents. En effet, le professionnel du mot offre des solutions linguistiques pour ses clients, et quand on en parle, on parle aussi de la livraison de qualité, au-delà du travail proprement dit. Toutefois, faire la livraison de tout cela pour le client implique de reconnaître que le travail de traduction porte valeur donc il faut être équitablement rémunéré. Le traducteur est un professionnel qui cultive l’habitude des études. Dans mon cas, l’activité de traduction occupe une partie de ma vie, mais je m’intéresse à bien d’autres choses. J’ai une formation dans le domaine des humanités et la plupart du temps libre je le consacre à la mise à jour de lectures. Je me sens très à l'aise quand je vis avec les mots et je trouve dans chacun d'eux un formidable ingrédient pour nourrir mes pensées. Par contre, quand j'ai du temps libre, j'aime aussi me promener et prendre un café à la boulangerie.

J’ai une cliente très sympathique de Nantes, en France, et on a déjà eu l’occasion d’échanger quelques idées sur l’importance de cultiver l’habitude des études. Cela devient remarquable quand on a un livre entre les mains. Après la pandémie de Covid-19, je suis arrivé à la conclusion selon laquelle ceux qui lisent ne sont jamais seuls. On peut constater cela quand on va à la librairie ou on visite une bibliothèque ; et cette évidence est devenue plus forte quand on prenait l’un de nos exemplaires de notre modeste bibliothèque particulière pendant la période de confinement. À une certaine occasion dans le cours de français (via Internet), pendant ce moment-là, j'avais commenté à ma professeure que j'aimerais bien lire Les Misérables de Victor Hugo. Le lendemain du cours de français, j’ai acheté le livre sur Internet et il est arrivé chez moi après. Quelques jours plus tard, dans l’un de nos échanges de messages, j’ai commenté avec ma cliente de Nantes que j’avais commencé à lire le livre. J’ai commenté cela dans le cours de français aussi. La lecture du premier tome est déjà finie et j’ai bientôt l’intention de commencer la lecture du deuxième. J’ai dirigé le fil conducteur de mes lectures vers d’autres auteurs – il est commun à notre curiosité d’être guidé par nos inquiétudes philosophiques. Je fais allusion à la traduction brésilienne de Penguin Classics Companhia das Letras de 2017. Le fait d'avoir commencé la lecture de Victor Hugo à ce moment-là était particulièrement touchant. Les livres nourrissent nos existences. Je n’ai pas eu l’opportunité de travailler dans le domaine littéraire encore, qui sait, un jour peut-être ? – en ce moment, l’énergie de mon travail est guidée vers la traduction dans d’autres domaines.

La lecture des œuvres diversifiées élargit l’horizon du lecteur. Et le traducteur est, avant tout, un lecteur aussi. À mon avis, le professionnel du mot a beaucoup à gagner quand il laisse de côté la vision dogmatique du processus de traduction, autrement dit, à partir du moment où nous sommes des êtres humains et que la traduction est faite par des êtres humains – même si la traduction automatique est de plus en plus en vogue –, le travail pourra être perfectionné continuellement. D'ailleurs, ceux qui perfectionnent les traductions automatiques sont … des êtres humains ! Ainsi, à l’horizon, il y aura toujours la possibilité de reformuler une phrase, adopter un terme plus adéquat ou même accepter un feedback d’un client par rapport au travail délivré. Le professionnel du mot travaille motivé par l’idée selon laquelle il faut toujours offrir un produit avec une qualité exceptionnelle. D’un autre côté, quand le traducteur travaille pour les agences de traduction, il y a d’autres personnes impliquées tout au long du processus, et elles doivent avoir leurs importances reconnues à partir du moment où chaque personne donne sa contribution aux étapes les plus variées de la traduction. Donc, le client final recevra un produit incomparable. Je dirais que prendre tout cela en considération est prendre en compte l’importance du lecteur ou lectrice qui achètera le produit ou le service grâce à un texte dont la qualité est à la hauteur de ce qui y est proposé. En ce sens, quand je dis que le travail de traduction a sa valeur et qu’il doit être reconnu et rémunéré équitablement, je considère aussi, au-delà du professionnel du mot, les propres agences de traduction. Même si le travail de traduction est solitaire, la livraison de notre travail est insérée dans le cadre d’une équipe. Ainsi, le travail de traduction n’est pas fait seulement à deux mains. D’ailleurs, cela a-t-il du sens de parler de travail solitaire quand on est en train de traduire ?

Quand un produit ou service est offert au consommateur brésilien, il doit divulguer auprès de cette audience. Dans ce sens, les textes de marketing ont cette fonction. En revanche, la traduction se caractérise par la diversité en termes de domaine de spécialisation, et au-delà du domaine de marketing, il y a d’autres domaines dans lesquels un texte peut recevoir le traitement linguistique. Dans d’autres publications de notre blog, j’ai fait quelques commentaires sur cela. Pour le domaine de la technologie de l’information et d’autres domaines techniques, il est très commun que les produits électroniques soient accompagnés de leurs manuels respectifs d'instructions. Pendant la traduction de ces matériaux, il est commun qu’on reçoive du gestionnaire de projet le matériau de référence aussi, parmi lesquels le guide de style. D’une manière générale, ce document a une importance centrale au fur et à mesure de l’activité de traduction. Dans le guide de style, le document nous indique minutieusement tous les paramètres techniques que le traducteur devra considérer pendant le travail. Par exemple, il nous indique le ton à être utilisé (soutenu, standard, familier ou technique), les termes qui ne seront pas traduits, la limite de caractères, les règlements concernant les abréviations et les acronymes, la localisation de noms, d’adresses, du format téléphonique, les chiffre, les dates, l’horaire et la monnaie, entre autres orientations stylistiques.

 Et quand on parle de style, au-delà du traitement à apporter aux mots, il est extrêmement opportun pour le traducteur d’avoir des références solides qui peuvent montrer la cohérence de son travail. En effet, quand il s’agit de style, on parle aussi des qualités présentes dans le texte traduit. Dans ce sens, au-delà de bien savoir utiliser les mots, le traducteur doit prendre en compte les qualités esthétiques d’un texte pour ainsi dire. Ainsi, je ne peux donc faire autrement que de me rappeler l'un des généreux enseignements de David Hume (1711 – 1776), le bon David. Dans son essai De la simplicité et du raffinement dans l’art d’écrire, le penseur affirme :

  

 

Et comme le premier genre d’écrits est celui qui a le plus de beauté et d’attrait, on peut en toute sûreté préférer un excès de simplicité à un excès de raffinement.[1]

 

 

Hume comprend qu’un texte bien rédigé est capable de retenir l’attention du lecteur et il y aura de la beauté dans le texte à partir du moment où les mots sont employés avec simplicité. Selon le philosophe écossais, tout ce qui vient de la simplicité a la capacité de susciter les impressions les plus agréables chez le lecteur. Tout cela sera perceptible selon la bonne utilisation des mots, l’employabilité adéquate de la terminologie, le flux des idées exprimées au long du texte, l’articulation des phrases, l’enchaînement des paragraphes etc. Par contre, la simplicité n’a rien à voir avec le manque de richesse en termes de détails ou même de nuances de complexité. Les idées, par exemple, peuvent être exprimées par une terminologie simple, mais non moins riche en détails. Je peux visiter la ville de Paris, et après cela, dans d’autres circonstances, je peux rédiger un message à un ami en lui décrivant les détails de cette ville-là. Il sera possible de parler des lieux mémorables, des cafés parisiens, de la qualité de la nourriture, de toute l’ambiance, des monuments, des figures illustres etc. Dans ce sens, à partir du moment où toutes les qualités littéraires sont exprimées par un simple témoignage, l’idée d’excès de simplicité émerge. L’excès de simplicité, selon Hume, concerne l’extrême degré de qualité que les mots sont capables d’exprimer. Ainsi, la gradation varie de la moins simple jusqu’à l’excès de simplicité. C’est-à-dire que si on prend en compte toute la diversité de mots présents dans la langue maternelle, autrement dit, dans toute la matière première du travail, cela implique pour le professionnel du mot de savoir articuler ce que j’appelle la gradation de simplicité pour y obtenir le résultat stylistiquement souhaité. Un texte simple est celui qui a un je ne sais quoi d'attrayant et une beauté, par contre un texte avec un excès de simplicité est celui qui a un je ne sais quoi d'attrayant et une beauté dans la gradation extrême. 

Ainsi, je pense que le traitement à apporter aux mots pendant la traduction demande de la part du traducteur certaines habilités linguistiques. Dans un premier temps, quand on traduit, on vit les difficultés pour trouver la solution de traduction la plus appropriée pour un terme. Voici le début de l’aventure auquel j’ai fait allusion dans Le rapport entre le traducteur et les confrères. À ce moment, la pensée déclenche son apparat d'investigation pour rechercher la meilleure solution de traduction. D’un autre côté, quand on considère que les mots n’ont pas une supposé signification intrinsèque, le professionnel du mot est capable de faire la bonne utilisation de mots pour qu’il soit possible de construire la signification des phrases dans le texte cible. Et au fur et à mesure de la rédaction du texte, les gradations de simplicité seraient capables de conférer du style au texte traduit. Alors, muni de ces ressources, le texte source peut être abordé avec tout le soin traductif que les mots méritent et le texte cible aura un résultat exceptionnel. Comptez sur moi si vous avez besoin de mes services linguistiques.

 

Merci beaucoup de votre attention et j’espère que vous avez apprécié la lecture.

À la prochaine publication !

 

 

Références:

[1] Hume, D. « De la simplicité et du raffinement dans l’art d’écrire ». In: Essais moraux, politiques et littéraires. Édition intégrale. Traduction nouvelle, introduction, notes, chronologie, bibliographie et index par Gilles Robel avec la collaboration de Vincent Reignier. Préface de Jean-Pierre Cléro. PUF, 2001.

 

 

Sur la peinture :

Vincent van Gogh (1853-1890)

Le Semeur

Vers 1888

Kröller-Müller Museum, The Netherlands


Brazilian Portuguese Translations, Brazilian Portuguese Translator #brazilianportuguesetranslations #brazilianportuguesetranslator

Wednesday, August 31, 2022

Deux étapes de la traduction : l'uniformité terminologique et l'investigation terminologique

 







Voici une nouvelle publication dans notre blog. Soyez les bienvenus une fois de plus !  Depuis le premier article, on a parcouru ensemble quelques chemins de notre périple de traduction. Le point de départ a été déterminé dans Le rapport entre le traducteur et les confrères. Ensuite, on a eu l’occasion de progresser vers Quelqu’un a dit que la traduction est …. Ultérieurement, notre randonnée a croisé la question : Des mots : Y a-t-il unesignification intrinsèque ? La question, plus qu’une réflexion, propose une provocation. Il y a une certaine inclination à attribuer une signification intrinsèque aux mots. Toutefois, quand on traduit un texte, on perçoit que les mots sont utilisés de différentes manières dans des contextes différents. Quand l’utilisation des mots passe d’un contexte à l’outre, on perçoit qui est possible d’avoir un changement de signification d’une phrase : une chaise peut être utilisée pour travailler, pour se détendre dans une séance de massage ou même pour jouer du piano. De cette façon, repenser l’existence d'une supposée signification intrinsèque des mots peut être une activité salutaire pour la pratique de la traduction. Des nouvelles nuances sémantiques peuvent émerger à l’existence. En revanche, si on va plus loin, la réflexion peut être un peu plus ample : Qu’est-ce que c’est un mot ?  Évidemment, une possible réponse dépendrait de l’objet de réflexion. Pour les langues occidentales, la question peut avoir sens ; par contre, pour les langues originaires d’autres régions et cultures, la question peut n’avoir aucun sens. Dans la publication d’aujourd’hui, j’ai l’intention d’écrire quelques lignes en examinant deux étapes de la traduction : l’uniformité terminologique et l’investigation terminologique.

  

Dans le monde de la traduction technique et commerciale, quand le professionnel du mot est requis pour travailler dans un projet, par exemple, dans les couples de langues anglais>portugais ou français>portugais, il reçoit une dizaine d’instructions, des matériaux de référence ou même le guide de style avec le projet de traduction. Dans les instructions, c’est commun trouver celle qui dit « maintenir l’uniformité terminologique » – surtout dans les projets avec une grande quantité de mots. En général, un projet de traduction est quantifié en fonction du nombre de mots et plus élevé le nombre de mots, plus de temps de travail sera dévoué au projet. Mais, qu’est-ce que ce serait « l’uniformité terminologique » et comment l’associer au projet ?

L’uniformité terminologique, entre autres choses, a pour but rendre le projet consistant. À partir du moment où le projet est consistant il a qualité. Un projet de traduction peut varier en fonction de sa taille : D’un projet avec un seul mot à un projet avec des milliers de mots. À titre d’information, pensons à un projet dans le domaine de la technologie de l’information avec 90 mille mots. Ceux qui ont déjà eu l’occasion de traduire dans ce domaine savent qu’il y a beaucoup de défis dans le parcours. À mon avis, l’un de grands défis consiste à trouver la traduction la plus adéquate pour plusieurs termes techniques et noms de produits dans la langue cible. Un projet avec 90 mille mots n’est pas un petit projet et ce serait nécessaire dévouer un temps considérable pour finir la traduction.   

 Dans l’industrie de la traduction, il y a des ressources technologiques extrêmement utiles pour faciliter le travail du professionnel du mot. Comme dans les autres domaines professionnels, je dirais que l’ordinateur est devenu indispensable à la routine de travail. Il fait accélérer et augmenter la productivité. Mais, il y a des ressources spécifiquement destinées au monde de la traduction. Je fais allusion aux outils de traduction assistée par ordinateur (outils TAO). Il y en a des nombreuses et j’ai déjà eu l’occasion de travailler avec quelques-uns. Je souligne mes expériences positives avec Trados Studio, memoQ, Smartcat, Wordbee, Memsource Cloud, Passolo, XTM, Lingotek, Wordfast Pro et Smartling.

 

Pour bien comprendre comment l’uniformité terminologique est associée au projet, on doit comprendre comment les outils de traduction fonctionnent succinctement. Imaginons que notre projet dans le domaine de la technologie de l’information avec 90 mille mots a 10 fichiers Word, chacun avec neuf mille mots.  La langue source est le français et la langue cible est le portugais. Pour que le matériel puisse être traduit par le professionnel du mot à partir de l’outil de traduction, il est besoin de créer un projet. Au moment de sa création, il faut indiquer la langue source et la langue cible. Ensuite, les fichiers à être traduits sont indiqués aussi ; finalement, la mémoire de traduction et le glossaire du projet.

  

En général, tout cela est envoyé au professionnel du mot quand le gestionnaire du projet lui attribue la tâche. Après la création du projet, l’outil de traduction divise le texte à être traduit en segments. Dans le propre outil TAO, avec le progrès de la traduction, les correspondances à partir de la mémoire de traduction apparaissent quand il y a des correspondances ; évidemment, quand il n’y en a pas, celui qui le fait c’est le propre professionnel du mot. D’autre côté, avec l’identification de termes techniques dans les segments sources, le glossaire propose la traduction spécifique. Imaginons le terme environnement en nuage. Il peut être traduit vers le portugais comme « ambiente em nuvem », « ambiente na nuvem », « ambiente da nuvem » ou « ambiente de nuvem ». Maintenant, imaginons que ce terme apparaitra de nombreuses fois dans le projet. Quel est le terme à être choisi et comment l’employer tout au long de la traduction afin de garantir l’uniformité terminologique ? C’est exactement ici que le glossaire est mis en scène. Imaginons que le glossaire envoyé par le gestionnaire de projet propose « ambiente na nuvem » ; donc, cette solution sera exactement employée tout au long du projet. De cette manière, avec le soutien d’un glossaire, accessible comme une ressource de l’outil de traduction, le professionnel du mot sera capable de maintenir l’uniformité terminologique, toute la consistance du projet, sa qualité et le rendre intelligible. 

 

Percevons que le choix a été fait à partir de quatre possibilités. C’est-à-dire, dans un premier moment, le professionnel du mot fait la traduction et propose les solutions possibles – « ambiente em nuvem », « ambiente na nuvem », « ambiente da nuvem » ou « ambiente de nuvem ». Les options sont acceptables et également possibles, toutefois, « ambiente na nuvem » a été choisi par le client et, par conséquent, on doit la respecter. À partir du choix du client, le terme a été enregistré dans le glossaire. Environnement en nuage correspond à ambiente na nuvem. Par contre, pour que le choix eût été fait, dans un premier moment, il y avait le besoin de reconnaître l’existence de quatre possibilités terminologiques et une option est devenue la plus adéquate selon le besoin du client. Mais le lecteur le plus curieux, peut-être, se pose la question :  Qu’est-ce que c’est l’environnement en nuage ? Permettez-moi une petite digression. Usuellement, l’environnement en nuage est un concept vastement utilisé dans le monde de la technologie de l’information. Il est constitué par des serviteurs interconnectés dans une infrastructure de réseau placée dans un centre de données offrant des services de traitement de données, le placement de ressources informatiques et logiciel, entre autres choses. Le fait de cet environnement être accessible par une connexion à distance, généralement par Internet, génère l’idée de nuage. Bref, l’environnement en nuage ce n’est qu’un groupe de serviteurs connectés en réseau dans un centre de données offrant des services de traitement de données accessible à distance.

 

 

* * *

 

 

Quand le professionnel du mot reçoit un projet à traduire, on a aussi vu qu’il est commun de recevoir l’orientation « maintenir l’uniformité terminologique ». Le gestionnaire du projet envoie tout le matériel de traduction, parmi lesquels une mémoire de traduction et un glossaire. La construction d’un glossaire implique la création d’un dépôt avec de nombreux termes techniques de la langue source à la langue cible. Et la construction de ce dépôt de mots est le résultat concret du processus de traduction. Traduire, à son tour, implique, entre autres choses, investiguer pour déterminer la solution terminologique la plus adéquate.

Dans Le rapport entre le traducteur et les confrères j’ai fait une analogie. J’ai l’habitude de comparer l’activité de traduction à une aventure. Quand on a des difficultés pour déterminer la traduction d’un terme, la convivialité avec les mots devient un peu plus intense, je dirais même conflictuelle. En ce moment, on a besoin de mobiliser tout notre apparat d'investigation afin de trouver la solution la plus adéquate. Dans ce sens, on parle de l’investigation terminologique. Ici, il faut recourir aux ressources linguistiques le plus variées : des dictionnaires bilingues, des dictionnaires d’expressions idiomatiques, des bases de données terminologiques, des images illustratives, des vidéos, des animations, des matériaux de référence etc. Observons que, dans ce cas, on a recouru à nombreuses sources de recherche en ayant toujours en vue le résultat le plus satisfaisant en termes linguistiques. Les moyens de recherche sont variés et ils peuvent être online et offline, c’est-à-dire sur Internet ou en papier. Et après avoir cherché dans ces ressources sans qu’aucune solution soit trouvée, la possibilité de recourir au gestionnaire du projet est mis en scène afin d’être possible de demander plus d’informations sur le terme en question. La mise en pratique de l’investigation terminologique présuppose que notre problème sera résolu d’une manière rationnelle – et de manière satisfaisante pour le client. L'aventure est passionnante, surtout quand le temps presse.

 

Dans ce sens, quand on déclenche l’investigation terminologique, notre pensée est mobilisée à la recherche de quelque chose. Selon l’étymologie, « investiguer » vien du latin investigare, c’est-à-dire suivre les traces. Mais, dans l’Antiquité, et plus précisément à l'époque hellénistique, il y avait une « école » grecque de pensée qui attribuait à I' investigation (en grec zétesis) un statut remarquable. On parle du scepticisme. Pour les sceptiques antiques (skeptikos), il y avait trois types de philosophie : la dogmatique, l’académique et la sceptique. Conformément à la vision des sceptiques, la philosophie dogmatique se caractérisait par le fait d'avoir prétendument trouvé la vérité – comme c'était le cas des écoles philosophiques d'Aristote, des stoïciens et d’autres. Par contre, la philosophie académique jugeait que c’était impossible de découvrir la vérité – comme le faisaient Clitomachus, Carneades et d'autres académiciens. Finalement, les sceptiques continuaient avec leur investigation. On sait tout cela grâce au témoignage de Sextus Empiricus (IIe siècle avant J.-C. – on ne sait pas exactement quand et où il est né) légué à l'histoire de la philosophie par les Esquisses Pyrrhoniennes. 

 

Le professionnel du mot rencontre de nombreux défis devant un texte en langue étrangère. Le texte est articulé par une variété de mots disposés en phrases. Et, pour que l’investigation puisse être faite, il faut avoir un objet de recherche. La variété de mots disposés en phrases constitue l’objet de recherche. Donc, l’investigation peut être une activité continue et ininterrompue. D’autre côté, si on considère que les mots ne puissent pas possiblement avoir une signification intrinsèque, l’investigation par l’intelligibilité de la signification peut être une activité également continue et ininterrompue. Dans notre exemple, on a utilisé le terme environnement en nuage. À partir du moment où  le terme à être traduit apparait, la pensée a déclenché l’investigation terminologique à la recherche de la meilleure solution de traduction. Dans ce cas, on a obtenu des solutions proposées : « ambiente em nuvem », « ambiente na nuvem », « ambiente da nuvem » ou « ambiente de nuvem ». Toutes les solutions sont possibles. Mais, la solution choisie avec une signification intelligible a été mise dans le glossaire : « ambiente na nuvem ».

Ainsi, le langage peut être un moyen puissant par l’expression de la pensée. On peut exprimer nos idées à travers des mots. Dans le cas d’un manuel d’instructions, c’est possible d’organiser une série d’informations pour qu’il permette d’orienter l’utilisation adéquate d’un dispositif électronique, par exemple.  Mais les mots ne sont pas toujours capables d'exprimer pleinement ce que l'on pense. J'ai l'impression que les choses deviennent encore plus complexes quand on parle d'affections, de sentiments et de passions. Comment exprimer tout cet « univers » avec des mots ? D'autre côté, nous sommes des êtres humains et nous sommes exposés à plusieurs difficultés dans notre vie quotidienne. Le langage est-il un appareil cognitif dont le but serait la survie ?

Au-delà de l'investigation, la pratique de la traduction implique d'autres compétences intellectuelles. À partir du moment où il y a la reconnaissance de l’existence de la multiplicité de mots, on peut reconnaitre la possibilité de significations diversifiées. Pour les langues occidentales, cela prend du sens parler en termes de mots, mais c’est possible de ne pas avoir aucun sens pour les langues originaires d’autres cultures, comme je l’ai déjà mentionné. D’autre côté, j’ai précédemment dit que le texte est articulé par une variété de mots disposés en phrases. L’ensemble de phrase forme des arguments, et l’ensemble d’arguments forme des paragraphes. Pour les rendre intelligibles, on recourt à la compréhension. Ensuite, une interprétation peut être construite. Mais l'interprétation d'un texte n'est pas toujours correcte et quand elle est soumise à l'examen critique d'une analyse minutieuse et détaillée, l'interprétation se révèle erronée ou incohérente. Autrement dit, une interprétation peut être une manière possible de comprendre un texte, mais elle est sujette à un débat et à une appréciation critique. Et ceux qui lisent ne sont jamais seuls.

Quand on est dans le domaine de la littérature, ou même de la philosophie, l'interprétation d'un texte peut être aussi variée que le nombre de lecteurs. En littérature, on parle de l'art et son produit, dans une large mesure, est lié à la fiction. L'imagination y trouve un puissant moyen d'expression et les mots prennent une coloration et un contour fantastiques. En philosophie, d’autre côté, on parle de rationalité et son produit, dans une large mesure, a quelque chose à voir avec l'argumentation. Ici, la raison trouve un terrain fécond pour exprimer la pensée et les mots prennent une coloration et un contour arides. Mais le mot est le moyen d'expression commun à la littérature et à la philosophie. 

Selon le témoignage de Sextus Empiricus, il y a un certain moment où des personnes talentueuses qui font face à des anomalies présentes dans la vie quotidienne se sont proposées à les investiguer. Ainsi, motivés par l'idée qu'il serait possible de déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux, ils pourraient atteindre la tranquillité (ataraxie). Donc, à partir du moment où ils ont pu soumettre à un scrutin ce qui était présenté à eux dans une circonstance donnée, on a constaté que, pour chaque point de vue, c’était possible de formuler un autre point de vue avec une force tout aussi persuasive. La langue, à son tour, présente une multitude de défis pendant la routine de travail. Le texte écrit dans la langue source, une fois traduit dans la langue cible, doit posséder certaines qualités : on a ici deux textes – l'original et la traduction (tous les deux intelligibles et également persuasifs). De cette façon, le texte traduit peut répondre aux besoins linguistiques les plus variés du public cible. Mes paires de langues sont anglais>portugais et français>portugais. Mais si l'on considère que les mots ne sont pas toujours capables d'exprimer pleinement ce que l'on pense ou même les affections, les sentiments et les passions, je me demande une fois de plus : Qu’est-ce que c’est un mot ? 

Merci beaucoup de votre attention et j’espère que vous avez apprécié la lecture. 

À la prochaine publication !

 


Sur la peinture :

Claude Monet (1840-1926)

Impression, soleil levant

1872

Huile sur toile

Musée Marmottan Monet, Paris, France


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